Édouard Louis – En finir avec Eddy Bellegueule / The End of Eddy

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[English below]

En finir avec Eddy Bellegueule est passionant (et ça ne peut que l’être, car je ne lirais jamais un roman pas-passionant en pleine période de révision de partiels). Il s’agit d’un récit autobiographique de l’enfance et l’adolescence d’un garçon, qui peine à devenir un dur, dans un village picard pauvre, où la misère, l’homophobie, le sexisme sont systémiques.

Le roman écoeure et surprend, car il témoigne d’une réalité que peu de gens ne pensent possible en France. Bien sûr, les journaux le répètent, les stéréotypes le réitèrent, le nord du pays est dans le trouble, souffrant de chômage et de maux sociaux qui accompagnent une reconversion économique difficile. Mais c’est deux choses différentes que de connaître les faits et de les visualiser, vraiment, au cours des pages du roman qui dépeignent la brutalité de la pauvreté et du patriarcat dans tous les actes du quotidien. Pourtant, Édouard Louis ne mise pas autant sur la description (je me suis attendue à une écriture beaucoup plus fleurie, mais il est vrai que ce genre de langage retransmettrait deux fois plus la violence bourgeoise), son écriture est plutôt franche et minimaliste. En effet, les faits, décrits simplement, suffisent déjà pour surprendre : jamais je ne m’attendrais à de tels faits en France. (Je ne déduis pas une conclusion générale sur le pays à partir d’une seule autobiographie. Mais la fréquence ou non d’une expérience comme celle d’Édouard Louis mérite d’être étudiée. Le simple fait qu’une telle expérience peut avoir lieu en France devrait faire poser des questions.) Sans aborder les autres points forts du roman, il vaut déjà le coup de le lire pour connaître le témoignage étonnant d’un quotidien brutal.

Une fois la surprise passée, c’est le sentiment de familiarité qui accompagne ma lecture. À l’exception du cadre spatial (qui n’était pas français auparavant), rien ne m’est étranger de tout cela : j’ai déjà tout vu ou tout entendu. La vie au Vietnam (même si cela change, même si la fracture urbaine s’ancre, même si les enfants de riches s’enferment de plus en plus dans leurs gated communities) est celle de la confrontation au quotidien avec la pauvreté, à deux pas de la misère (j’ai le privilège d’y être proche mais jamais dedans). L’homophobie, la misogynie, la violence du langage, l’insensibilité dans les rapports sociaux, l’affection que les parents n’ont pas pu faire part à leurs enfants, l’entrée précoce des enfants dans le monde des vices, la dualité—d’être à la fois victime et coupable dans une culture de violence—. Je trouve ces similitudes particulièrement intéressantes car elles invalident toute explication purement culturaliste (essentialiste) des comportements humains au Vietnam en particulier, dans les pays en développement (les milieux sous-développés) en général. On ne peut pas traiter la question de la culture, me semble t-il, indépendemment de la question de l’économie.

L’auteur – Édouard Louis – est aussi un personnage fascinant. Avant de lire En finir avec Eddy Bellegueule, j’ai lu quelques articles sur lui, des avis sur son livre et des entretiens. Sans être totalement d’accord avec ses analyses, je peux toujours les comprendre, et Édouard Louis a une manière claire, éloquente et convaincante de défendre ses propos. Je mets quelques liens recommandés à la fin de cette publication.

 

 

The End of Eddy is riveting (of course it is, for nothing less could possibly pull me in in the middle of finals season.) An autobiographical novel, it describes the author’s childhood and young adolescence in a poor village in Picardy, his time of tribulation in an alienated environment where poverty, misogyny, and homophobia intersect.

The general image in France of le nord is that the north of the country is rife with unemployment and incest. The book, by depicting Edouard Louis’ (or, rather, Eddy Bellegueule’s) individual experience, also reflects to some extent the larger socioeconomic troubles in this part of the country. For all I might have read in the newspaper, the vivid descriptions of young Eddy’s life are astounding. It is one thing to recite the fact that France has poor people, has unemployment, that poverty correlates with crime, that social vices abound where money doesn’t. It is another to watch, as the pages unfold, the brutality of poverty, of patriarchy, in every act of daily life. Not because Edouard Louis is especially descriptive—he isn’t, I had expected something more flowery, but the style is minimalist and readable—but because the facts, even when put simply, are things I’d never thought would happen in France. (I’d be loath to deduce a general conclusion on the state of all of France from a single autobiography, of course. But the commonality—or lack thereof—of an experience like Edouard Louis’ is an important question. In fact, the very existence of such an experience in France nowadays should trigger some questioning.) The book is worth reading just for the knowledge of Edouard Louis’ childhood, for a glimpse at Eddy Bellegueule’s brutal everyday.

Once I had internalized and accepted the shocking facts as they came, however, the feeling of surprise was no longer the tempo of my reading—but that of familiarity. Besides the fact that the setting was France, there is nothing about all of this that I haven’t seen or heard. The experience of being Vietnamese (although this is changing, the cities are becoming more segregated, the rich children more coddled) means always being confronted with poverty, two steps away (my privilege is that of being close to, but not inside) from you. The homophobia, the misogyny, the violent language, the callous relationships, the things parents cannot afford children, the precocious entry of children into the cycle of vices. The duality of being victim and perpetrator of a culture of violence. I find this interesting because it invalidates in part any outright culturalist (essentialist) explanation of human behavior, in Vietnam specifically, in developing countries (in under-developed milieus) more generally. Culture, perhaps, cannot be detached from the question of an individual’s economics.

Edouard Louis is himself a fascinating character. Before I read The End of Eddy, I had read his interviews and various newspaper’s feature on the person. I don’t always agree entirely with his analysis, but regardless of like-mindedness or lack thereof, I can understand where he comes from and he always has a cogent argument. Below are a few recommendations.

French literary boy wonder Édouard Louis on saving the working class from Marine Le Pen (The Guardian)

Far-right village to literary Paris — the rise of Edouard Louis (Financial Times)

My Father’s Country (shorter version was published in the NYTimes)

 

 

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